Les chroniques musicales s’apparentent aux relations charnelles. On apprécie parfois la longueur de l’effort mais ce n’est pas pour autant que le plaisir n’est pas -au moins- aussi intense lorsqu’il brille par sa brièveté. Fort de ce constat, nous avons décidé de vous proposer une sélection trimestrielle d’EP et LP que nous vous présentons de façon succinte ; ceux-ci partagent en commun l’injustice de ne pas avoir été chroniqués par SMA malgré des qualités indéniables.
Chaque membre de l’équipe qui participe à l’exercice vous propose une ou deux productions qu’il vous décrit brièvement et avec amour. Alors, êtes-vous prêts pour ce premier quickie en mode SMA ?
La sélection de Luc
Soulside – This Ship (DischordLabelDischordVoir la fiche, 28 août 2020)
SoulsideSoulsideVoir la fiche, c'est ce groupe issu de la grande tradition post-hardcore de Washington DC, celle de FugaziFugaziVoir la fiche et du label DischordLabelDischordVoir la fiche. Créé au milieu des années 80 par Scott McCloud (guitare) et Alexis Fleisig (batterie), rejoints par Jonnhy Temple (basse) autour du chanteur Bobby Sullivan, les trois premiers s'associèrent ensuite à Eli Janney pour former Girls Against BoysGirls Against Boys3 galeries. Plus de trente années écoulées et c'est ce même line-up qui remet le couvert avec un 7'' deux titres et un de plus pour la version numérique. Trois morceaux parus fin de l'été dernier, enregistrés à Prague durant une brève série de concerts européens. Le titre éponyme s'ouvre sur des basses et guitares grondantes, hurlantes, à partir desquelles on retrouve l'atmosphère intense de SoulsideSoulsideVoir la fiche. Ça mijote constamment et l'enchaînement permet d'apprécier l'emprunte post-hardcore noisy et mélodique. Aussi inattendu que de qualité sonnante, marqué par un chant bien plus abouti qu'auparavant, SoulsideSoulsideVoir la ficherevient brillamment en relation avec le présent. On attend l'album.
Eyes – Underperformer (Indisciplinarian, 25 septembre 2020)
Impensable de ne pas attirer l'attention des amateurs de hardcore chaotique sur un ensemble de dix titres aussi monstrueux de la part d'une formation jusqu'alors inconnue, si ce n'est quelques éléments d'une casquette danoise dont EyesEyesVoir la ficheest issu, notamment d'une rencontre trouvant son origine dans LLNNLLNN3 galeries et HexisHexis1 chronique · 3 galeries. Que dire ? Impossible de condenser un propos qui, en quelques mots, approcherait à la fois la complexité et le naturel d'exécution de ces morceaux gratinés aux influences les plus vicieuses, extravagantes et tortueuses en matière de hardcore et de metal. Si EyesEyesVoir la fiche convoque des BotchBotch1 galerie, DeadguyDeadguyVoir la fiche, Kiss It GoodbyeKiss It GoodbyeVoir la fiche, Code OrangeCode Orange2 chroniques · 2 galeries, RefusedRefused1 chronique · 3 galeries, BreachBreachVoir la fiche... et d'autres attributs sonores venus du grand Nord, il sonne comme rien d'autre actuellement. Ça harangue, ça tape sur le clou, ça core'n'roll et ça vous colle au mur d'un mouvement parfaitement maîtrisé avant de vous entraîner dans une nouvelle spirale énergique ahurissante ! Le renouveau hardcore passerait-il par ce niveau d' «Underperformer » ?
La sélection d’Isabelle
Demenzia Mortis - Anti Kult (Sounds Of Hell Records, 19 mars 2021)
Les cloches d’une église sonnent. Des chants religieux s’y mélangent avant que des tirs de mitraillettes ne sonnent le glas. Vous venez de faire connaissance avec l’ambiance d’« Anti Kult », le premier album de Demenzia MortisDemenzia MortisVoir la fiche. Le quatuor montois composé de Naberus (chant), AxHell (batterie), Asmodeus (basse) et Grabak Hellfire (guitare) vous invitent, à travers 10 titres, à réfléchir à l’hypothèse d’un monde sans religion.
Le groupe vous sert tout ça sous forme de black metal, de death metal voire de blackened death metal diront même certains. Perso, les catégories, je m’en fous un peu. Ce qui est sûr c’est que l’énergie et l’agressivité y sont ainsi que les blasts, les riffs et les solos endiablés. Le chant hurle et crie. La potion fonctionne et ce premier album se révèle efficace tant au niveau des compositions, de l’ambiance que de la cohérence.
Rope & Bones - All is Vibration (AutoproductionLabelAutoproductionVoir la fiche, 17 février 2021)
Après « Déchirures » sorti en 2019, le duo liégeois, qui avait fait forte impression lors du LOUD Program de Court-Circuit de la même année, présente son deuxième album « All is Vibration ». Brice Massart et Vincent Dessart. Batterie, guitare, voix, clavier. Combinaison simple pour une œuvre plus complexe (mais efficace) qui oscille entre doom, screamo et post-metal avec une touche de hardcore.
Des murmures, des cris, des hurlements. Les instruments, quand ils ne sont pas puissants, lourds, graves, laissent parfois échapper quelques notes, presque angéliques. Coup de cœur pour la dernière plage « Vibrations » ou le désespoir et la rage sont envoyés en pleine tronche sur fond d’une certaine délicatesse musicale. Un mélange de calme et de tempête. Une âme tourmentée n’est-elle pas le propre de chaque être humain ?
La sélection de Guillaume
Ferriterium – Calvaire (Epictural ProductionLabelEpictural ProductionVoir la fiche, 16 janvier 2021)
Sorti en tout début d’année chez Epictural ProductionLabelEpictural ProductionVoir la fiche, ce troisième album de Raido (KarneKarneVoir la fiche, MalevolentiaMalevolentia1 chronique, HeimsgardHeimsgardVoir la fiche), a fait résonner le nom de FerriteriumFerriteriumVoir la fiche assez intensément chez les amateurs de Black Metal. Calvaire sait en effet allier subtilité et agressivité pour capter l’attention le long des quatre hymnes qui le composent et qui prouvent qu’il est encore possible d’amener des idées créatives dans le Black mélo / atmo. Beau et dramatique, Calvaire s’accomplit tout simplement comme un album vertigineux et fascinant, qui jamais ne verse dans la mélodie dégoulinante, mais qui toujours prend aux trippes. Et quel chant !
Los Males del Mundo – Descent Towards Death (Northern silence productions, 26 février 2021)
Los Males Del MundoLos Males del Mundo1 galeriea su attirer une certaine curiosité en voyant Nikita Kamprad (Der Weg Einer FreiheitDer Weg einer Freiheit1 chronique · 1 galerie) assurer à la fois la basse et la prod pour le compte de ce projet pourtant né en Argentine. Mieux, on comprend rapidement que le groupe a à la fois des choses à dire (les textes s’inspirent de Nietzsche ou Schopenhauer) et à faire entendre grâce à son Black atmo racé qui n’est pas sans rappeler MglaMgla1 chronique · 3 galeries, sans pour autant singer celui-ci. Les riffs puissants et un chant très travaillé confèrent en fait à la musique de Los Males del MundoLos Males del Mundo1 galerie ce côté ‘brutalement joli’ très accrocheur tout en servant l’ambiance poignante qui se dégage de l’album du début à la fin. Un excellent travail à découvrir pour les amateurs du genre.
La sélection de Renaud
Thorium – Empires in the Sun (Freya Records, 5 mars 2021)
Une fois n'est pas coutume, nous allons vous proposer du –très- classique heavy metal avec Empires in the Sun, le second album de ThoriumThoriumVoir la fiche. A la frontière du power metal, les belges n’inventent rien de nouveau et pourtant, la sauce prend. Jouant en permanence avec la fibre nostalgique de l’auditeur, quand la formation ne balance pas une intro rappelant Blind GuardianBlind Guardian1 chronique · 1 galerie, les riffs se rapprochent d’Iron MaidenIron Maiden2 chroniquesou d’autres comparses légendaires. Fort d’une exécution solide, ThoriumThoriumVoir la fiche vise juste en surfant sur la vague NWOTHM qui ne cesse de grandir.
Déhà – Cruel Words (Burning World RecordsLabelBurning World RecordsVoir la fiche, 25 février 2021)
Cruel Words de l’insatiable DéhàDéhà1 chronique ne devrait pas vous être inconnu puisqu’il avait déjà été mis à l’honneur en figurant dans notre sélection black metal version 2019. Les retardataires qui n’auraient pas encore écouté ce bijou peuvent se rattraper avec la sortie en format vinyl d’une de ses œuvres majeures. Toujours difficilement catégorisable, nous serons néanmoins tous d’accord pour qualifier la musique de DéhàDéhà1 chronique d’émotionnelle. Ce voyage au cœur de la dépression prend des formes insoupçonnées qui ne manquent pas de surprendre à chaque nouvelle écoute. Cerise sur le gâteau, à l’heure d’écrire ces lignes, quelques vinyles n’ont pas encore trouvé acquéreur. Foncez, tant qu'il en est encore temps !
La sélection de Fred
Atypik Karma – Sous Contrôle (AutoproductionLabelAutoproductionVoir la fiche, 5 février 2021)
Les Namurois d'Atypik KarmaAtypik Karma2 galeriesfont du Punk de base. A savoir un Punk direct et sans fioriture. Le groupe choisit la langue de Molière pour s'exprimer histoire d'être certains que ses compatriotes saisissent le propos. Un propos contestataire évidemment et critique qui comme la musique du groupe ne fait pas dans le détail. Atypik KarmaAtypik Karma2 galeriesne révolutionne pas le genre mais ne serait pas contre une petite révolution dans la société. Sous contrôle est sorti au début de l'année.
La sélection d’Olivier
The Notwist – Vertigo Days (Morr Music, 29 janvier 2021)
30 ans après un premier album éponyme, qui introduisait un nom mais pas encore un son, The NotwistThe Notwist1 galerie occupe toujours une place de choix dans le paysage indie-rock. Avec Vertigo Days, les frères Acher, orfèvres d’une electronica aux éclats krautrock, parviennent à entretenir une identité affirmée, immédiatement reconnaissable (Exit Strategy to Myself, Where You Find Me, Loose Ends), sans toutefois se répéter. Les 5 guests leur permettent également d’ouvrir le champ de leurs explorations sonores et d’incorporer une touche tantôt electro-world (Al Sur, avec Juana Molina), tantôt jazz (Oh Sweet Fire, avec Ben Lamar Gay) à des compositions toujours parfaitement ciselées. Une mention spéciale revient au plus expérimental Into the Ice Age, illuminé par la présence de la clarinettiste Angel Bat Dawid. Un très bel album ! Un de plus.
Kanonenfieber – Menschenmüle (Noisebringer Records, 20 février 2021)
Sorti de nulle part en février dernier, Menschenmüle, le premier long format du one-man band Kanonenfieber, n’en finit plus de faire parler de lui. Album du mois par-ci, première claque de l’année par-là. Et une légion d’adeptes qui grossit à vue d’œil : 6 semaines après sa parution, l’album en est déjà à son troisième pressage.
Il faut dire qu’entre les riffs en rafales (Dicke Bertha), les blasts conquérants (Die Schlacht Bei Tannenberg) et les hurlements poings tendus (In’s Niemandsland), Menschenmüle déploie l’arsenal du cassage de nuques en bonne et due forme et parvient à ses fins sans effort.
Ceci étant, Noise, l’homme aux commandes du char d’assaut KanonenfieberKanonenfieberVoir la fiche, n’invente rien. Au point que Menschenmüle sonne assez comme un tribut à tout ce que le metal à tendance extrême a produit de meilleur au cours des trois décennies passées. Mais un tribut parfait, sans la moindre fausse note et d’une efficacité redoutable. Et, en ces temps compliqués, ça fait du bien par où ça passe !
La sélection de Clément
Black Sheep Wall – Songs for the Enamel Queen (Silent Pendulum Records, 26 février 2021)
Avec un nom aussi biscornu, autant vous dire d’entrée de jeu que l’on est sur une musique consistante. Sept titres pour une durée d’une heure… Et faisons globalement l’impasse sur la flopée de sous-genres musicaux rassemblés par ces cinq Californiens. Mais en résumé : Black Sheep WallBlack Sheep Wall2 chroniques délivre une musique soutenue venant d’un post-metal aggressif ou carrément noise, tout en tenant en haleine via des interludes s’apparentant au sludge, voir même au drone.
Avec ce quatrième album le groupe signe une œuvre captivante. Songs for the Enamel Queen se révèle être parfaitement digeste malgré une composition lourde sur papier. Tension, relance et intensité viennent agrémenter un équilibre musical réussi. Vous ne verrez pas le temps passer.
Un duo bien connu de la scène post-punk depuis le début de la décennie passée. Cette fois les deux anglais reviennent avec une nonchalance plus déroutante encore. Les machines sonnent gras, le ton encore plus dédaigneux : et ce, pour notre plus grand plaisir. Sleaford ModsSleaford ModsVoir la fiche offre, sans contestes, un de ses meilleurs albums en renforçant son identité « so british ».
Un groove qui respire les restes d’un site sidérurgique, teinté d’un ton entre le flegme et le dénigrement. On ne sait pas sur quel pied danser, tout en s’imaginant bouger les épaules face à Jason Williamson stoïque devant son micro.
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Le 11 septembre 2001, le monde entier s'en souvient, fut un jour tragique avec l'attentat contre le World Trate Center à New York . A l'époque, le groupe…