Reportage

Heaven Shall Burn et compagnie : Chaud devant, froid derrière !

Bruxelles (Ancienne Belgique), le 05-03-2026

Samedi 7 mars 2026



Il y a des soirées où Bruxelles ressemble à une capitale respectable. Et puis il y a celles où une caravane death metal traverse la ville comme un camion-citerne rempli de riffs en fusion. Et ce 5 mars, à l’Ancienne Belgique, quatre groupes, tous plus ou moins enracinés dans la grande famille du death metal, débarquent avec la délicatesse d’un bulldozer lancé dans une vitrine : les Texans de Frozen Soul
Frozen Soul


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, leurs compatriotes de The Black Dahlia Murder
The Black Dahlia Murder


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, les Suédois de The Halo Effect
The Halo Effect


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et, en tête d’affiche, les Allemands de Heaven Shall Burn
Heaven Shall Burn


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, vétérans du metalcore. Sur le papier, ce ‘Heimat Over Europe Tour’ ressemble à un mini-festival capable de faire vibrer un immense hangar industriel. Dans la réalité, l’affaire se déroule finalement dans une configuration Ballroom, les gradins ayant été abandonnés faute de combattants. Mais dans le metal, la densité compte souvent plus que la quantité : moins de monde, plus de décibels par personne. Et très vite, la salle se remplit d’une étrange faune nocturne (vétérans du headbang aux cervicales en titane, jeunes recrues encore fraîches ou simples curieux qui ne savent pas encore ce qui les attendent…). Quatre groupes, des heures de double pédale, et probablement assez de riffs pour alimenter la centrale nucléaire de Tihange pendant un certain temps (on risque d’en avoir besoin dans les jours à venir !). La messe peut commencer…


À 18h15 précises, pendant que certain.e.s Bruxellois.es terminent encore leur trajet en tram et que d’autres cherchent désespérément un dernier verre avant l’orage sonore annoncé, Frozen Soul
Frozen Soul


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ouvre les hostilités avec la délicatesse d’un congélateur industriel. Les Texans arrivent avec un objectif clair : rappeler que le death metal peut aussi servir de climatisation collective. Et à en juger par les premiers riffs, la température de la salle chute immédiatement de quelques degrés. Le groupe profite largement de la tournée pour mettre en avant son prochain album, « No Place for Warmth », attendu au printemps chez Century Media Records . Le morceau-titre, fraîchement publié quelques jours avant le concert, figure naturellement au programme, accompagné de plusieurs nouvelles compositions (Absolute Zero ou encore Invoke War qui passent d’ailleurs l’épreuve du live avec une efficacité brutale). Mais Frozen Soul
Frozen Soul


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n’oublie pas pour autant ses racines : la setlist puise aussi dans « Glacial Domination » et « Crypt of Ice », avec un détour par « Encased in Ice », relique de leur toute première démo qui fleure bon la cave humide et la cassette bricolée. Sur scène, le chanteur Chad Green mène l’assaut avec l’énergie d’un gros nounours sous stéroïdes, exhortant le public à se réveiller, headbanguer et transformer la salle en champ de bataille circulaire. Au début, l’assistance hésite quelque peu tel un moteur diesel par temps de gel. Puis la machine finit par démarrer : un premier et gentillet circle pit apparaît, accompagné de quelques mouvements de “karaté hardcore” : cette étrange discipline qui consiste à frapper l’air très fort tout en évitant (ou pas) les dents de son voisin. Musicalement, le death metal du groupe avance sur une base massive et groovy qui évoque parfois une collision entre Bolt Thrower
Bolt Thrower


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, Obituary
Obituary


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et un Pantera
Pantera


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passé à la moulinette death metal. Les riffs sont lourds, simples et efficaces, calibrés pour faire hocher les têtes comme des pistons. Derrière tout ça, le batteur Matt Dennard abat un travail colossal, ses jambes tournant à une cadence digne d’un sprinter olympique sous caféine. Bref, pour un groupe chargé d’ouvrir la soirée à une heure où la salle est encore en train de se remplir, Frozen Soul
Frozen Soul


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réussit parfaitement sa mission : réveiller les nuques, lancer les premiers pits et rappeler qu’avant même que les têtes d’affiche ne montent sur scène, le congélateur est déjà bien ouvert !



Quand le destin frappe, beaucoup de groupes préfèrent tirer le rideau. The Black Dahlia Murder
The Black Dahlia Murder


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a choisi l’option inverse. Après la disparition de son charismatique frontman Trevor Strnad en 2022, nombreux étaient ceux qui pensaient que l’aventure s’arrêterait là. Mais le groupe a décidé de continuer et, d’une certaine manière, c’est sans doute le plus bel hommage possible à celui qui en était l’âme. La machine a même redémarré à plein régime avec la sortie de « Servitude » en 2024, marquant un nouveau chapitre pour les vétérans du death mélodique américain. Ce renouveau passe aussi par un léger remaniement interne : le guitariste historique et fidèle acolyte Brian Eschbach a troqué sa six-cordes pour le micro, laissant la guitare à l’ancien membre revenu au bercail, Ryan Knight. Sur scène, la formule fonctionne étonnamment bien. Eschbach adopte rapidement la posture du frontman, multipliant les poings levés et les appels au chaos avec l’énergie d’un chef de bande, tandis que les guitares reprennent leur ballet de riffs acérés et de solos en rafale. Le set est relativement court (une grosse demi-heure) mais suffisamment dense pour rappeler pourquoi The Black Dahlia Murder
The Black Dahlia Murder


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reste une institution du genre. Les premières cartouches, What a Horrible Night to Have a Curse et Kings of the Nightworld, mettent un instant à trouver leur vitesse de croisière, la voix d’Eschbach cherchant encore ses marques. Et puis le déclic se produit : les solos se mettent à jaillir comme des étincelles et, au centre de la salle, le premier véritable moshpit de la soirée s’ouvre comme un petit cyclone. La setlist met logiquement en avant « Servitude », mais le groupe n’oublie pas les fidèles de la première heure. Un détour par « Miasma » vient satisfaire les amateurs de l’époque classique, notamment lorsque A Vulgar Picture est littéralement catapulté sur le public. Musicalement, le groupe reste fidèle à sa signature : un death metal mélodique à très haute vitesse, quelque part entre la brutalité technique de Cannibal Corpse
Cannibal Corpse


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et la frénésie shred héritée de Carcass
Carcass


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période « Heartwork ». Quand Nightbringers ou Everything Went Black retentissent, la salle finit par entrer en ébullition complète : pits, bras levés et headbangs en cadence. Preuve supplémentaire que la résurrection aperçue l’été dernier à l’Alcatraz Metal Festival n’avait rien d’un miracle isolé. La tornade The Black Dahlia Murder
The Black Dahlia Murder


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est bel et bien de retour et elle tourne encore à pleine vitesse. Le seul problème ? Trente minutes qui passent beaucoup trop vite. Comme toujours avec ce genre de déflagration…



Les premiers Européens de la soirée arrivent ensuite avec The Halo Effect
The Halo Effect


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, et l’on a presque l’impression d’assister à une réunion d’anciens combattants du death mélo suédois. Sur scène, le line-up ressemble en effet à un petit séminaire du fameux « Gothenburg sound » : Mikael Stanne (Dark Tranquillity
Dark Tranquillity


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) au chant, entouré de musiciens qui ont largement contribué à écrire l’histoire du In Flames
In Flames


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de la fort belle époque, comme Niclas Engelin et Peter Iwers, épaulés par Daniel Svensson. Jesper Strömblad étant rarement présent en tournée, il est remplacé par Patrik Jensen (The Haunted
The Haunted


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), un détail qui ne change finalement pas grand-chose tant l’expérience cumulée par ces musiciens suffit à faire tourner l’ensemble avec une précision redoutable. Dans l’éventail très large du death metal proposé par l’affiche de la soirée, The Halo Effect
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occupe clairement le versant le plus mélodique et propose la palette la plus nuancée. Rien d’étonnant pour un groupe originaire de Göteborg, ville qui a vu naître dans les années 90 toute une génération de groupes mêlant agressivité et sens aigu de la mélodie. Les guitares d’Engelin et de ses comparses tissent ainsi des harmonies élégantes qui évoquent autant les grandes heures d’At the Gates
At the Gates


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que celles de Dark Tranquillity
Dark Tranquillity


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, avec parfois des accents rappelant le In Flames
In Flames


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de l’époque « Clayman » (forcément me direz-vous…). Même s’il manque encore aux solos ce petit « je-ne-sais-quoi » pour que nous soyons pleinement satisfait.e.s, les accélérations death metal alternent avec des passages nettement plus mélodiques, presque contemplatifs par moments. Mikael Stanne navigue avec aisance entre growls puissants (malgré un petit chat dans la gorge) et passages en voix claire, notamment sur A Truth Worth Lying For ou The Needless End, tandis que la setlist pioche de manière assez équilibrée dans les deux albums du groupe que sont « Days of the Lost » et « March of the Unheard ». Dans la salle, l’ambiance change sensiblement par rapport au chaos qui accompagnait le set précédent de The Black Dahlia Murder
The Black Dahlia Murder


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. Ici, le public écoute d’abord avec une attention presque religieuse, laissant les mélodies prendre leur place. Puis, peu à peu, les voix s’élèvent : lorsque Shadowminds retentit, le refrain est repris en chœur comme s’il s’agissait déjà d’un classique du genre. Les médiators pleuvent dans la fosse, les remerciements fusent depuis la scène, et l’on sent bien que le groupe vient probablement de convertir quelques nouveaux adeptes. Car c’est aussi toute la richesse du death metal qui se révèle ce soir : un genre capable de passer en quelques minutes d’une violence frontale à des architectures mélodiques beaucoup plus raffinées. Bref, chez The Halo Effect
The Halo Effect


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, l’agressivité se concentre surtout dans les vocaux de Mikael Stanne, tandis que la musique privilégie les lignes de guitares lumineuses et les arrangements soignés. Un équilibre qui prouve, une fois de plus, que la mélodie peut parfaitement cohabiter avec une certaine rugosité. Démonstration faite, CQFD !



Malgré la classe indéniable des trois groupes ayant ouvert la soirée, il ne faisait aucun doute qu’un seul nom dominait l’affiche : Heaven Shall Burn
Heaven Shall Burn


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! Après près de trois décennies d’existence, ces vétérans allemands restent l’un des piliers du metalcore européen, et ils n’ont jamais caché leur engagement politique contre toute forme de racisme, de fascisme et d’exploitation sociale… Tout y passe, avec la brutalité et la conviction d’un manifeste sonore. L’an dernier, ils avaient livré « Heimat », un disque qui ne faisait pas dans la demi-mesure, et ce soir, l’Ancienne Belgique se transforme en caisse de résonance pour cette explosion idéologique et musicale. Heaven Shall Burn
Heaven Shall Burn


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défie toute case simple musicalement parlant. Metalcore ? Oui. Death metal ? Un peu. Mais réduire leur son à un genre serait criminel. Leur musique est un cocktail moderne où riffs furieux, breakdowns massifs et leads mélodiques cohabitent avec une intensité constante. Entre deux rafales de cordes, le groupe parvient toujours à faire passer ses messages : chaque note devient un cri, chaque breakdown une déclaration.

Le concert démarre sur les chapeaux de roue et dans le plus simple appareil (pas de grandes décorations et d’explosions au lance-flamme) avec War Is the Father of All et déjà un Voice of the Voiceless absolument divin ! La setlist mélangera d’ailleurs habilement ancien et nouveau : on passe des morceaux de « Heimat » (My Revocation of Compliance) aux classiques de « Antigone » (2004). Marcus Bischoff est en très bonne forme vocale et continue de coller des tartes à qui veut les recevoir ! Pour les fans, chaque titre est un souvenir, pour les novices, une véritable claque. Après un Counterweight pantagruélique, le guitariste Maik Weichert nous rappellera leur affection particulièrement profonde pour le plat pays qui est le nôtre et n’hésitera pas à citer Length of Time
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comme étant une de leurs influences majeures et osant même signifier que sans eux, il n’y aurait certainement jamais eu d’Heaven Shall Burn
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devant nous ce soir… Baisse de régime assez significative ensuite avec Armia avant que ça ne reparte brutasse pour Confounder. Avec HSB, on se fait toujours avoir… On nous balance une intro pianistique toute en grâce et mélancolie comme pour t’amadouer, avant de te prendre à la gorge pour ne plus te lâcher… Quel meilleur exemple que ce Endzeit servi bouillant, enfumé et repris en chœur par l’assemblée, résistance finale à ce chaos embrasé ! Entre deux morceaux, Marcus Bischoff prendra le micro pour rappeler que chez Heaven Shall Burn
Heaven Shall Burn


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, même les riffs ont une conscience politique. Impossible de ne pas évoquer la situation dans le monde et de rendre hommage aux victimes de la guerre, qu’elles soient en Ukraine ou ailleurs. Et nos larmes devinrent noires pour la suite et cette reprise de Edge of Sanity
Edge of Sanity


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toujours aussi sublime… Le public ne se sent plus : circle pits d’excellente facture, grosse bagarre sur Thought and Prayers, et premiers rangs reprenant les refrains comme une chorale poussée à bloc. Même sans flammes ni effets pyrotechniques, la fumée et les LED suffisent à amplifier l’énergie déjà survoltée.



Le rappel frappe fort : Marcus nous présente son micro en guise d’offrande et l’explosion surgit ! The Weapon They Fear cogne comme une poutrelle en pleine poire, et A Whisper From Above vient clore la soirée sur une note presque cataclysmique. Après un peu plus d’une heure et vingt minutes, le groupe quitte la scène, laissant derrière lui une salle électrisée. Malgré une Ballroom moins remplie que prévu, Heaven Shall Burn
Heaven Shall Burn


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prouve une fois de plus pourquoi il reste une institution avec laquelle il semble bien difficile de rivaliser… Entre puissance brute, mélodies acérées et engagement politique, la formation teutonne s’est à nouveau révélée exactement comme il faut, ni trop subtile, ni trop démonstrative, mais parfaitement calibrée pour laisser des cervicales endolories et des souvenirs impérissables...

Remerciements à l'Ancienne Belgique

Texte et photos : Panda

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AUTEUR : Panda
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, pas...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...
Mordu de concerts depuis de nombreuses années, Panda aime écumer les salles, clubs et festivals de tout le pays. Bibliothécaire-documentaliste, passionné d'Histoire, de théâtre, de bande dessinée et de football, il est très (voire trop) éclectique dans ses goûts musicaux (metal/rock mais aussi pop, folk, new wave, electro). Il a rejoint l'équipe de SMA en février 2016 en tant que chroniqueur de concerts désireux de partager ses expériences live ! ...

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