Film expérimental, le documentaire retrace 70 ans d'ère atomique en se voulant expressément neutre afin de témoigner de la double réalité de ce mot ''atomique'' qui, dès qu'il est prononcé, évoqué pourtant directement un sentiment de peur et de destruction. Sur scène, les instruments se veulent discrets. Placés à l'avant-scène, ils sont là presque incognito. Derrière eux, un écran géant. Sachant y faire en matière de concept, Mogwai nous propose là un ciné-concert ou plutôt un concert illustré durant lequel Atomic sera joué dans son intégralité, accompagnant un montage quelque peu retravaillé des images du documentaire signé par Mark Cousins.

A la fois historique et porté vers l'avenir, ce projet débute par les heures sombres de l'Atome. Les images d'Hiroshima et Nagasaki frappées par les bombes lâchées par Enola Gay et Bockscar, les deux bombardiers américains, ou encore celles du survol du réacteur quatre de la centrale de Tchernobyl se passent clairement de commentaires. Fortes, émouvantes et malheureusement si réelles, elles sont les témoins de la puissance maléfique et dévastatrice de l'atome.
Sans réellement décoller, mais sans pour autant manquer de puissance, Mogwai vient simplement alimenter les images juste comme comme il le faut. Car si les Écossais sont connus pour leurs grandes envolées atmosphériques, là, c'est bien l'image qui prend le dessus. Que ce soit les ralentis des ondes de choc provoquées par Little Boy et Fat Man, les deux bombes, les visages plein de détresse et de douleur du peuple japonais ou encore l'impuissance des paysans ukrainiens, ces images-là sont indéniablement plus puissantes que n'importe quel morceau qu'a pu signer Mogwai depuis le début de sa carrière en 1995.

Et si ces images de destruction sont bien évidemment celles auxquelles tout le monde pense en premier lorsque l'on évoque la puissance atomique, on en oublierait presque le rôle salvateur qu'elle peut également avoir quand il s'agit de notre santé. Car oui, si le film et la musique se veulent graves, ce n'est pas pour autant que Mogwai et Mark Cousins en ont oublié le côté positif de l'atome notamment en matière médecine.
En parvenant à créer un univers plus que particulier par lequel il n'est pas difficile de se laisser happer, Mogwai a réussi une fois de plus à étonner et ce malgré le fait que certains pourront trouver à ce projet un petit goût fadasse vu son caractère un peu plat, du moins en ce qui concerne la musique. D'un autre côté, le mariage des images et de la B.O. est plus que magistral et se suffit amplement à lui-même. Après 67 minutes, clap de fin, générique, pas un mot, Mogwai s'en retourne en coulisse, prêt à s'envoler pour le Japon, sa prochaine destination où ce projet prendra certainement une autre dimension.
Crédits photos: Samuel Letecheur
Mogwai