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Situation du groupe : seul ou accompagné ?

Mardi 7 avril 2020

Lors du LoudFest en décembre 2019 auquel plusieurs membres de Shoot Me Again participaient, Marcela s’est demandée ce que devenaient les groupes lauréats. J’ai trouvé que c’était une excellente question et j’ai poussé la réflexion un peu plus loin : quelle est l’utilité de ces dispositifs d’accompagnement (coaching, résidences, showcases, etc.) ? Plein de groupes ont rencontré le succès sans passer par là. Juste, hein ?



Petite précision, avant d’aller plus loin, je parle ici de dispositifs qui proposent un accompagnement à des groupes sélectionnés. Pas de concours ni de tremplin pour jouer dans tel ou tel festival.
En clair, au niveau de l’alternatif et de l’underground, en Belgique, il y a le Loud de Court-Circuit (lancé en 2013) côté francophone, et Sound Track de VI.BE (ex-Poppunt) (lancé en 2019) côté flamand.

C’est en 2013 que le Concours Circuit rock dur est devenu le Loud. « L'expérience d'un concours n'est pas forcément toujours vu positivement par les artistes issus de la scène metal, explique Pablo de Court-Cicuit. En caricaturant, on pourrait dire que les musiciens dans ce genre de formations sont trop expérimentés pour un tremplin mais restent confinés à un certain niveau de développement sans pouvoir le dépasser. » Pablo ajoute que le passage d'un tremplin à un dispositif d'accompagnement professionnalisant est assez intéressant car il a permis d'accompagner des artistes tels que Wolves Scream
Wolves Scream


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ou Wyatt E
Wyatt E


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. qui n'auraient sans doute pas postuler à un concours musical.
Côté flamand, VI.BE vient de lancer en 2019 le dispositif Sound Track. Il est ouvert aux artistes de Flandres et de Bruxelles dans tous styles (y compris metal, noise, punk, doom ou hardcore). Parmi les membres du jury, on retrouve notamment Colin H. Van Eeckhout. Rien que ça !
« Sound Track est une toute nouvelle formule et une nouvelle marque, explique Stijn de VI.BE. Les attentes des 1.000 artistes qui ont postulé étaient très élevées. Nous avons remarqué que les groupes qui avaient déjà un certain niveau ont été attiré par la formule parce que Sound Track permet, même pour eux, d’entrer en contact avec un énorme réseau d’acteurs de l’industrie qui pourrait être difficile à atteindre pour de jeunes artistes. »
Stijn affirme que Sound Track ne veut pas seulement sélectionner le gagnant parfait. Il offre aux talents choisis, dix-huit en l’occurrence en 2019, la possibilité de se développer.

Pour être tout à fait exacte, je dois apporter d’autres précisions.
Mes recherches m’ont permis de découvrir une initiative de la Fédération de maisons de jeunes & Organisation de Jeunesse (Hainaut), en 2012, avec quatre groupes accompagnés dont 30,000 Monkeys et Inside mais, faute de moyens financiers suffisants, l’opération a été un one shot. Ça s’appelait le Music Bridge Tour.
Il existe aussi d’autres programmes d’accompagnement en Belgique ou ouverts aux belges mais aucun n’est porté sur les artistes metal, hardcore ou alternatifs. C’est le cas de « Ça balance » en province de Liège, de Nationale 5 dans les cinq provinces wallonnes ou encore de Multipistes, même principe mais au niveau de la Belgique, France, Allemagne et Grand-Duché du Luxembourg.
Visiblement, la formule fonctionne et il y a de la tune à se faire puisque même YouTube Music a créé STRI-IT, un dispositif d’accompagnement de la scène urbaine émergente (hip-hop, rap, RnB, slam, etc.).


Se débrouiller autrement

Bref, revenons-en à nos moutons. Remy de La Jungle
La Jungle


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et All Caps
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me confirme qu’un groupe peut réussir sans passer par des dispositifs d’accompagnement. « Pour moi, dit-il, cela se prête plutôt à de la musique pop. Essayer de populariser les styles plus extrêmes n’est pas une solution. On est dans une niche. Si tu veux trouver des dates de concert, ne postule pas au Loud. » Remy explique que quelques recherches et prises de contact sur Facebook permettent de remplir un agenda. « C’est ce que j’ai fait avec All Caps
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,
poursuit-il, et j’ai découvert tout un réseau de maisons de jeunes en Flandres qui ne font qu’organiser des concerts. »



Bleedskin
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n’a pas non plus participé au Loud. « Nous n’avons jamais été sélectionnés, confie Céline, guitariste, tant pis pour nous ! On se débrouille autrement, et avec le temps on a appris à le faire. A notre échelle du moins. » Céline m’explique que chacun apporte sa pierre à l'édifice. Certains ont un carnet d'adresse, d'autres s'occupent de la communication ou du marketing, des plans financiers, des projets à court ou long terme ou encore des aspects techniques. « Nous essayons de minimiser le nombre de personne et de société qui nous entourent, afin d'éviter trop de contraintes liées aux contrats. Nous essayons de faire un maximum nous-même », conclut Céline.

Tom de Motsus ne se sent pas mal par rapport à l’idée de ne pas avoir été sélectionné au Sound Track. Bien qu’il soit certain que cette initiative peut donner un coup de pouce aux groupes. « Nous n’avons pas d’ambition générale, poursuit-il, mais nous nous faisons un nom dans la clandestinité. Nous allons continuer à améliorer notre écriture de texte, nos performances live et notre carnet d’adresses. J’aimerais savoir si quelqu’un a réellement écouté nos chanson. Nous n’avons jamais su vraiment pourquoi nous n’avons pas été sélectionné. »

Pothamus
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ne fait pas non plus partie des dix-huit groupes accompagnés par Sound Track. Mattias, le batteur, pense qu’il n’y a pas de compétition dans la musique et dans l’art. « Dans notre style, précise Mattias, l’important est de jouer en live, c’est crucial! Une fois que vous avez certains contacts et quelques dates à votre actif, la pierre roule pour ainsi dire. Il n’est pas toujours facile de booker des dates, il faut y consacrer beaucoup de temps, mais ce n’est pas impossible. »
Mattias me confie encore qu’il avait l’impression que les organisateurs cherchaient comment conceptualiser exactement le dispositif, ce qui est normal pour une première édition.

La moitié des groupes n’existe plus

J’ai fait un rapide calcul sur les quatre dernières éditions du Loud. Sur dix-neuf groupes, la moitié n’existe plus (Coubiac
Coubiac


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, Electric)Noise(Machine
Electric)Noise(Machine


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, Concealed Reality
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, Silence Is The Enemy
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, etc.) ou n’est plus actif depuis plusieurs mois sur Facebook (Ithilien
Ithilien


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, Angakok
Angakok


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, Thorrax
Thorrax


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, How To Kill An Asteroid
How To Kill An Asteroid


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, etc.). Pas très motivant…



Silence Is The Enemy
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(fournée Loud 2015) a splitté en 2018. François qui était le chanteur se souvient que le Loud a été un moment très important dans la vie du groupe. Il a permis aux membres de s’améliorer sur tous les aspects, de se mettre en avant et de nouer des contacts. « C'est très probablement en bonne partie grâce à ce programme que nous avons pu amener le groupe sur des scènes comme celle du Durbuy Rock Festival ou de Dour , ajoute François. Les conseils nous ont permis de progresser bien plus vite que si nous n'avions pas été entourés, que ce soit en tant que groupe ou en tant que musiciens. »

Idem chez Angakok
Angakok


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(fournée Loud 2013). Benoît le chanteur parle aussi d’un super tremplin qui a permis au groupe d’avancer plus vite. Il se souvient les effets se sont un peu estompés après mais sans s'arrêter. La tournée Loud a permis de faire connaitre Angakok hors de Liège et de prendre contacts avec différents organisateurs et salles. L'année suivante, le groupe a sorti un album. « On peut évidemment réussir sans, ajoute Benoît, mais pour nous le Loud a ouvert des portes qui pour la plupart sont restées ouvertes. Il n’y a rien au programme d’Angakok
Angakok


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pour le moment mais rien n’est terminé. »




Sébastien le chanteur d’Hungry Hollows
Hungry Hollows


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(fournée Loud 2013) ajoute que le Loud a aussi le mérite de mettre en avant une part de la scène musicale qu’on ne voit plus actuellement en Belgique francophone. « Après le Loud, ajoute Sébastien, on a fait pas mal de concerts en Belgique et quelques-uns en France et on a enregistré un EP. Après, on est arrivés à un moment charnière dans nos vies personnelles, les études et tout ça. La musique a gardé une grande part dans nos vies mais il n’a plus été possible de jouer ensemble. D’ailleurs, on s’est mis d’accord hier pour claquer la fin de notre compte commun ensemble, dès qu’on pourra se retrouver à moins d’un mètre cinquante de distance. Histoire de clôturer cette histoire comme il se doit ! »

Du côté de How To Kill An Asteroid
How To Kill An Asteroid


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(fournée Loud 2017) on est en stand by prolongé depuis une bonne année. « L’effet de pub c'est progressivement atténué, explique Julien, le chanteur, parce qu'on n’a pas fait beaucoup pour tenir ! On a traversé pas mal de problèmes personnels. On a reçu quelques propositions dont un label italien qui voulait produire notre album et nous signer. Mais il fallait avancer une partie des fonds, partir trois semaines sur place, etc. C'était impossible pour nous. Donc, oui, les programmes d'accompagnement peuvent lancer un projet mais ils n'accompagnent que jusqu'au pas de la porte. Après, il faut se débrouiller et ça me semble assez logique. »

La clé, l’originalité ?

Parmi les groupes qui poursuivent leur route, il y a Future Old People Are Wizzards (fournée Loud 2019). Styin semble assez perplexe et me confie que ce dispositif est utile pour les groupes débutants, pour commencer et apprendre. « Nous existons depuis un certain temps, alors..., dit-il. Par contre, ce que je trouve très utile, c’est l’information sur le site web, par exemple, pour obtenir des subventions. »

Pepijn de Divided ne pensait pas être sélectionné pour le Sound Track. Surtout parce que son style est heavy et loud. Pourtant c’est arrivé. Il reconnait que les prix correspondent vraiment aux objectifs que son groupe souhaite atteindre dans un proche avenir. Justement, comment envisages-tu l’avenir de ton groupe, Pepijn ? « C’est toujours assez flou pour nous. Bien sûr, nous rêvons de jouer l’AB et à l’Aeronef et nous ferons tout pour y arriver. Mais pour l’instant, notre carrière, c’est écrire des chansons, planifier des concerts et étudier. »



Et sinon, il y a aussi Wyatt E.
Wyatt E.


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(fournée Loud 2017) qui continue sa route tranquillou. Sébastien, aussi musicien de The K
The K


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(Concours Circuit 2011), se dit que, ce qui fait peut-être la différence c’est l’originalité. « Je pense que les fans de metal cherchent de l’originalité, dit-il. Des concerts plus typés où il y a un univers qui va avec la musique. On a tablé sur ce qu’on savait faire de mieux, de l’oriental doom. Il y a déjà 50 groupes qui proposent du deathmetal». Sébastien se demande aussi si, pour améliorer le concept, il ne faudrait avoir une portée internationale, pour jouer en dehors des frontières. À bon entendeur…

Pallier au manque d’aide et de support

Autre point de vue, celui des membres du jury et des coachs.
Oli, de l’émission radio Metal Factory est membre du jury. Il pense que les groupes qui passent par ces programmes évoluent plus vite que d'autres. L'autre raison qui, selon lui, valide l'existence de ce genre de programmes est la surabondance de groupes existant actuellement. « En tant que public, précise Oli, il est parfois extrêmement difficile de s'y retrouver. En tant que jury, on a la possibilité d'effectuer un premier tri entre les groupes qui doivent encore progresser et ceux qui sont mûrs pour passer à une étape supérieure et donc être davantage exposés au public que d'autres. »

Grégoire, coach, trouve dommage que certains groupes n'arrivent pas à pérenniser sur un plus long terme. « Après, dit-il, plein de facteurs rentrent en compte comme des choix de vies personnels qui font qu'un groupe s'arrête. Il semble difficile de prédire si un groupe sera encore actif cinq ans après avoir bénéficié d'un programme d'accompagnement. Je pense aussi que beaucoup de groupe se laissent un peu materner et n'arrivent pas à mettre en pratique ce qui leur a été transmis de manière plus autonome. Réfléchir l'accompagnement en amont est à mon avis bien plus profitable, et pour les groupes, et pour les gens qui accompagnent. »



Morgane d’Eristic Fuel ASBL est également membre du jury. Elle m’explique que les groupes sélectionnés au Loud ne sont pas la crème de la crème de ce qui se fait de mieux en Belgique. C’est juste une sélection très subjective et restreinte de quelques artistes. « Ce n’est pas avec cet unique événement, qui n’a seulement lieu que tous les deux ans, que l’on arrivera à pallier le manque d’aide et de supports apportés en Belgique francophone aux groupes dans ce domaine musical spécifique. S’il n’y a pas suffisamment d'opportunités pour jouer et se développer correctement en dehors de ce genre de programme, il est logique que les groupes semi-professionnels éprouvent tant de difficultés à véritablement décoller ou même à persister dans le temps », conclut Morgane.

Valoriser les accompagnateurs d’artistes

« Ce qu'apporte le Loud, ajoute Pablo de Court-Circuit, c'est avant tout une certaine visibilité à un moment de développement des artistes. Les groupes issus du dispositif qui au fil des années tirent par la suite le mieux leur épingle du jeu sont les groupes qui arrivent à s'entourer de structures pro, que ça soit en booking, management, label etc. Le Loudfest pourrait tripler d'importance et de budget, s'il n'y a personne par la suite pour travailler avec les groupes je ne suis pas sûr que l'événement aura beaucoup plus d'impact. A mes yeux, pour les artistes en développement, et peut-être encore plus dans le rock dur, c'est le travail d'accompagnateurs d'artistes (booking, management, label, etc.) qu'il faut arriver également à dynamiser, mettre en valeur et professionnaliser pour que les artistes puissent évoluer. »

Avant de vous quitter, je constate que passer par un dispositif d’accompagnement n’apporte pas forcément l’amour, la gloire et la beauté à un groupe. Ça aide apparemment mais ce n’est pas suffisant face à l’argent et le temps qu’il faut investir, aux priorités qu’il faut dégager, aux choix qu’il faut poser. Je suis assez interpellée par le nombre de groupes lauréats qui ont cessé leur activité.
Loud et Sound Track ont le mérite d’exister, de mettre en réseau et de proposer des aides concrètes. Vu le nombre de groupes qui postule, les musicien·nes y voient un intérêt.
La culture en Belgique doit se débrouiller avec des moyens toujours plus faibles. Encore plus dans l’underground et l’alternatif. L’accompagnement des groupes n’est qu’un maillon d’une chaîne qui peut aider et soutenir les groupes belges. Peut-être faut-il se démarquer, multiplier les occasions et faire appel à plusieurs maillons.

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AUTEUR : Isabelle
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évèn...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrièr...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe e...
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....
Ancienne journaliste notamment pour L’Avenir et SudPresse, elle a couvert, avec son carnet et son appareil photo, beaucoup de concerts et d’évènements culturels et musicaux en province de Luxembourg. Les conditions de travail des journalistes (qui ne sont toujours pas au top, soit dit en passant) ont fait qu’elle a réorienté sa carrière vers un autre secteur et qu’elle est devenue terriblement en manque… d’écriture. A rejoint l’équipe en juillet 2016....

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