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Live report 31-08-2025 par Panda 6 min de lecture

Räum nous fracture le métaTars et c’est Graave ! (Shoot Me Again Sessions#1)

La toute première édition des Shoot Me Again Sessions avait lieu vendredi soir au cœur du Belvédère. Une soirée qui s’annonçait comme un rite initiatique pour les amateurs de musiques sombres et il était plutôt clair qu’à la vue de cette affiche composée de Räum, Tars et Graave, on n’allait certainement pas écouter du jazz pépère en buvant un mojito. Eh non, il sera plutôt ici question de méandres intérieurs, de basses qui te secouent les tripes et de guitares qui lacèrent comme du verre brisé.

Et c’est dans les tréfonds de notre phare haut perché sur les hauteurs de Namur que débarque un tout nouveau projet prêt à repeindre nos tympans en noir mat. Son appellation ? Graave. Rien que ça… Un titre aussi froid qu’une pierre tombale et qui sent bon l’épitaphe toute fraîche. Aux commandes de tout cela : on retrouve Vincent (vocaliste de Lethvm), la basse tendue comme une corde au bord de la rupture et une voix oscillant entre murmures funèbres et hurlements cathartiques, ainsi que le batteur Chris, actif au sein de Virgin Prozak, et dont chaque frappe a l’effet d’un appel zoom envoyé direct aux défunts pour les tirer de leur sieste éternelle. Leur promesse est simple : plonger corps et âmes dans les plus sombres recoins de nos abysses intérieurs, là où la lumière n’ose plus vraiment y pénétrer. Ça s’entend tout de suite : des lignes de basse qui roulent comme un orage souterrain, un son d’orgue solennel, des incantations mystiques : le tout dans une ambiance en clair-obscur où chaque note semble se débattre entre extase et agonie. On verra même Oli, le chanteur de Raüm venir prêter main forte sur un titre en fin de show. Ce soir coïncidait avec leur toute première représentation en live et un album devrait voir le jour à la fin de cette année. Un premier clip tourné dans la Cathédrale de Liège est déjà disponible sur Shoot Me Again. Eh oui, comme vous pourrez le constater, ils ne jouent pas dans une salle de répète banale. Ils préfèrent convoquer les pierres centenaires et ainsi nous rappeler que la beauté et la douleur ne sont que deux faces d’un seul et même vitrail. Bref : Graave, c’est le son d’une prière païenne qui résonne encore dans ta poitrine bien après la dernière note.



Alors, Tars… Trois gars seulement, mais trois gars qui font le bruit de dix. Pas besoin de renforts : avec la guitare et la basse qui s’entrelacent et une batterie qui cogne comme un marteau-pilon, ils t’installent direct dans un tunnel sonore sans sortie de secours. Leur truc, c’est un mur de son écrasant, mais pas juste pour faire du bruit : ils balancent des couches presque floydiennes, des riffs lourds comme du béton armé, et soudain une ouverture mélodique, presque fragile, qui te laisse croire que tu vas respirer… avant de replonger la tête sous l’eau bouillante. Une guitare qui sature, hurle, se tord, et toi tu te demandes si tu dois fermer les yeux pour survivre ou les garder ouverts pour ne rien rater du rituel. Alors, coller une étiquette à tout ça ? Franchement, inutile. Appelle ça comme tu veux : post-metal, sludge cosmique, rouleau compresseur existentiel… Peu importe. Ce qui compte, c’est le résultat. Et là, il n’y a pas débat : lourd, massif, hypnotique. Le genre de set qui laisse le public sonné, les tympans en charpie et le sourire collé au visage. Bref, Tars n’a pas donné un concert. Ils ont planté un totem de son au milieu du Belvédère, et tout le monde a fini par tourner autour.



Räum ne s’est pas fait en un jour mais est né avec une mission : traduire en musique le vertige, le désespoir et les fissures de l’humanité. Vaste programme ! Les Liégeois nous font l’honneur d’en faire la démonstration pour clôturer cette soirée à l’aide d’un post-black metal loin d’être une balade champêtre : c’est un miroir tendu à nos vices, nos peurs, et à la putain de décadence qui suinte de partout. Petit rappel tout d’abord, Raüm continue la promotion de leur deuxième disque paru chez Les Acteurs de l’Ombre cette année. « Emperor of the Sun » qui propose carrément une radiographie de notre chute collective. La dualité est partout : grandeur et décadence, beauté et effondrement. C’est un disque qui ne te caresse pas dans le sens du poil – il t’arrache la peau pour voir ce qu’il reste dessous. Et ce qu’il reste… c’est pas joli-joli. Sur scène, cette noirceur prend une forme encore plus glaciale : de la fumée qui envahit tout, des lumières lugubres et musicalement, ça alterne entre de longues mélodies hypnotiques, des boucles qui te transpercent le cerveau, et d’un coup, sans prévenir, une accélération qui t’arrache la cire des oreilles, encore mieux qu’un coton-tige. Et au milieu de ce chaos organisé, on retrouve Oli, le chanteur, qui bouge comme si son corps n’avait pas reçu de mode d’emploi à la création. Casquette vissée sur la caboche, il harangue immédiatement la foule en début de show : « Allez Namur, t’as fini de fumer ! Amène-toi, on va commencer ! ». Pas de basse, pas de rondeur… Juste deux guitares qui scient l’air ambiant… Tranchantes, insistantes, incisives, comme une migraine transformée en musique. On ne compte plus les minutes mais ça va être la grande lessive orchestrée par des morceaux hypnotiques et vitriolés qui t’enferment dans une boucle infernale entre mélancolie et chaos pur. Montrant la voie à suivre parmi le public, Oli ne se prive pas pour agripper la crinière de son guitariste quand ce n’est pas pour grimper sur la batterie. Échange de bons procédés : ce sera au tour de Vincent de venir prêter sa voix sur un morceau en fin de concert. Ce soir, Räum a démontré qu’il n’était pas un simple groupe de black metal. C’est un trou noir qui avale tout : l’espoir, la lumière et il ne serait pas étonnant que dans tout cela, on y ait laissé une petite part de nous-mêmes… On pourra notamment retrouver le groupe à l’affiche du Tumult Festival au Botanique en octobre prochain.



Au nom de toute l’équipe de Shoot Me Again, il ne me reste plus qu’à remercier l’ensemble des groupes présents ce soir pour la qualité de leurs prestations, un grand merci également au Belvédère pour son accueil, au public venu nombreux et bien sûr à Isa et Luc pour cette belle organisation.

Ce live report est également disponible sous format vidéo via ce lien :



Texte et vidéo : Panda
Photos : Fred

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